Emission spéciale France Culture
Mauvais genres par François Angelier
Ecoutez l'émission (mp3)

A l’occasion de Nuit blanche 2005, « Mauvais genres » s’expatrie, quittant les studios de Radio France pour une rotonde vitrée, 127 avenue Daumesnil, au cœur de la coulée verte. Cette dernière, et d’autres lieux du XIIème arrondissement seront en effet la proie d’un groupe de plasticiens qui en feront un espace noir et violent, inspiré des univers d’Alfred Hitchcock et de David Lynch : scènes de crimes, appels téléphoniques en pleine nuit, façades offertes au voyeurisme… « Drôles d’endroits »

Avec les plasticiens Virginie Barré, Grégory Chatonsky, Stephen Duval, Magali Desbazeille et Christophe Girard, adjoint au Maire de Paris, chargé de la culture.


STANDARD : dispositif pour téléphone public
memes instantanés

Le projet de Grégory Chatonsky pour les nuits blanches 2005 se propose d’utiliser les cabines téléphoniques de la ville de Paris pour créer une communication asynchrone et intime entre des quidams qui répondraient à la proposition de dire, dans le combiné de téléphone de ces cabines, “Qui ils sont”. Derrière cette mise en lumière des histoires des humains peuplant la métropole, j’y vois la mise en lumière d’un autre élément, souvent passé inaperçu, mais en péril, le lieu de la cabine téléphonique.

Dans les revues informatiques et sur les panneaux publicitaires, tout est mobile, tout vante (vend? vente?) la possibilité d’ubiquité de nos vies par les médiations des ordinateurs et téléphones portables, des “assistants” électroniques. Cette élimination de l’espace, virtuelle seulement car jamais l’homme n’aura le don d’ubiquité, a pour répercussion l’élimination de certains espaces au sein de l’espace public. La cabine téléphonique constitue à cet égard un lieu particulièrement singulier dans nos espaces publics, c’est un ilot planté au coin des rues et qui permet à une personne de s’immerger dans la communication avec un proche, c’est donc en quelque sorte un vestige de l’espace privé dans l’espace public. Les cabines téléphoniques sont facilement identifiables à tout moment de la journée car elles sont éclairées de nuit aussi, du dessus. La cabine téléphonique est dans l’espace public, un lieu qui a recueilli des milliers de vies, par ce qu’elle a permit comme mise en lien entre deux individus. Cet ilôt est aussi parfois une sorte d’ilôt de sécurité : en Allemagne (et ailleurs aussi vraisemblablement), il y a dix ans encore, les cabines contenaient un mécanisme d’urgence, sous la forme d’un levier, qui permettait à une personne en danger, de s’enfermer dans sa cabine, tout en contactant la police.

A présent, du fait de l’émergence de cette “mobilité” tant vantée par le marché, les individus ne vont plus s’arrêter et se rendre “im-mobile” dans ces cabines. La cabine téléphonique va disparaitre.

Claude Le Berre


France 2


La Nuit blanche a attiré près de 1,3 millions de personnes
LEMONDE.FR | 02.10.05 | 11h19 • Mis à jour le 02.10.05 | 14h05

Près de 1,3 million de personnes ont célébré la quatrième "Nuit blanche" à Paris, selon un comptage effectué par les 600 agents de la Direction de la prévention et de la protection de la Ville de Paris dans la nuit du samedi 1er au dimanche 2 octobre.

Au total, 120 événements d'art contemporain, de musique, projections, danses et défilés – et des dizaines d'événements "off" dans des églises, musées, galeries, salles de spectacles, églises ou boutiques... – ont été organisés cette année.
Donnant l'exemple, le maire Bertrand Delanoë a effectué un marathon en début de soirée, depuis l'église St-Jean-de-Montmartre jusqu'au Sacré-Cœur pour écouter quelques notes du concert géant de guitares de Rhys Chatam. "Le succès de Nuit blanche, est la preuve que l'art contemporain, aussi novateur soit-il, n'est pas réservé à une élite et qu'en aucun cas, il ne s'oppose à la culture populaire", a déclaré le maire à la presse.

Quant au public, intrigué ou conquis d'avance, il avait, semble-t-il suivi les consignes de l'Hôtel de Ville. Itinéraires téléchargés sur Internet pour les uns, ou plan de Paris annoté et dûment accroché au ruban adhésif sur le guidon d'une bicyclette pour les autres : l'heure n'était pas à l'amateurisme.

L'image et le son, fers de lance de l'art contemporain ont enregistrés de nombreux succès générant les plus longues files d'attentes sur ces sites. A commencer par celle de la mairie du 4e arrondissement où le collectif "Métazone", redéfinissait le principe de la vidéo-surveillance, faisant de chacun tour à tour un voyeur, ou un observé, à son insu. Inquiétant.

DISCOTHÈQUE BRÉSILIENNE AUX HALLES

Succès plus populaire cette fois pour le cœur des Halles et son jardin, transformé en discothèque brésilienne, les orchestres ambulants se déplaçant parfois jusque dans la rue Saint-Denis voisine. Beaucoup de monde aussi pour "L'éphémère" d'Andreas Oldorp au Crédit municipal et pour la "Transparence blanche" du Centre culturel suédois.

Autre temps, autre lieu, avec thé à la menthe, henné et calligraphie au menu de l'Institut de monde arabe, qui présentait un voyage dans la culture arabo-musulmane en musique, avec notamment un hommage à l'actrice Fayrouz. Le public en transe a dansé tard sur la terrasse au son du chaâbi.

Originale et décalée, la balade proposée par Vincent Leroy dans l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où il avait installé son "Champ mécanique", des herbes géantes en "altuglass", ondulant au moindre souffle de vent et suscitant des cris d'admiration du public, même s'il était vivement recommandé de se taire pour la tranquillité des malades.

Autre succès pour le règne végétal reconstitué, à la Bibliothèque François Mitterrand, transformée en forêt où une vie animale se serait développée, le tout projeté en images sur la tour sud, quand les plus jeunes semblaient s'être donnés rendez-vous à la "Comète Jules Verne", un programme audiovisuel, ponctué d'ateliers d'écriture autour de l'oeuvre du romancier visionnaire.

FIGURANTS DANS LA NUIT BLANCHE DES MORTS-VIVANTS

Gros succès encore pour le parcours "Drôles d'endroits" de l'Est parisien, où le "Standard" de Grégory Chatonsky a surpris et amusé petits et grands. Ses cabines téléphoniques publiques sonnant et dans lesquelles des voix inconnues racontaient leur vie aux passants médusés mais leur permettaient aussi de raconter la leur. L'envers du décor (un vrai standard) se trouvant pour l'occasion installé à la mairie du XIIe.

Les "golfeurs fous" de Samuel Bianchini ont également séduit les passants qui donnaient des ordres par mégaphone à des personnages animés jouant au golf, qui obéissaient en rythme, jusqu'à friser l'hystérie.

Les jeunes filles rêvant de devenir top-model s'en sont données à coeur joie au "Défilé de Belleville" de Maroussia Rebecq, où des stylistes les ont relookées à coup de fripes et fait défiler.

Stars d'un soir encore, mais bien pâles cette fois, celles du cinéaste Nicolas Boone. Il a tourné place St-Marthe La Nuit blanche des morts-vivants et a eu pour cela besoin de figurants qu'il a puisés parmi les passants. Ressuscitant, sortant de tombes imaginaires, titubant, ou tombant à terre, ils sont nombreux à avoir joué le jeu.